Le changement climatique et tous les sujets qu’il implique est passionnant (et effrayant). Je me permets d’en donner un avis d’amateur. N’hésitez pas à corriger des affirmations potentiellement fausses, je ne suis pas spécialiste.
Aspects biogéochimiques
Je trouve qu’on a peu parlé des cycles biogéochimiques dans la discussion. Kairos a abordé le sujet via les puits de carbone. Il est donc convenu que l’utilisation des carburants fossiles transfère du carbone de la roche à l’atmosphère de manière directe et augmente la quantité de gaz carbonique, méthane ou autres gaz dans l’atmosphère. La déforestation va également transférer le carbone présent dans la biomasse vers l’atmosphère.
Dans le sens inverse (= puit de carbone), on trouve des piégeages naturels de carbone de l’atmosphère vers la biomasse puis éventuellement la roche. On parle toujours de la photosynthèse qui fait ce transfert. C’est vrai puisque le gaz carbonique est transformé en sucres et autres molécules. Par contre, la plupart des forêts ne sont pas des puits de carbone. Une forêt en place ne va pas augmenter sa biomasse (il faudrait sinon que les arbres aient une croissance infinie ou que le sol s’épaississe sans limite). Ce n’est pas le cas. Donc de manière générale, une forêt consomme autant de carbone qu’elle en relâche.
Pour qu’une forêt soit un puit de carbone, il faut qu’elle soit en croissance (donc une nouvelle forêt par exemple). A l’inverse, une forêt sénescente va relâcher du carbone dans l’atmosphère. Si, comme le prédit Hervé, les forêts vont subir le réchauffement et les arbres mourir, les forêts deviendraient alors une source de carbone vers l’atmosphère augmentant encore la quantité de gaz carbonique dans l’atmosphère. On retrouve une rétroaction positive comme expliquée par Kairos. La cause de ce largage serait imputable en grande partie aux champignons qui vont décomposer des arbres inadaptés à ce nouveau climat. Ce phénomène s’observe d’ailleurs chez nous. Les hêtres du Jura suisse (et d’autres régions) subissent les augmentations de température et dépérissent depuis quelques années. Et le remplacement d’une essence dans une forêt ne se fait pas en 10 ans…
Il y a par contre certains écosystèmes terrestres qui accumulent de la biomasse et sont des puits de carbone. Il y a par exemple les tourbières. Les sols sont gorgés d’eau et la minéralisation (= décomposition) ne peut pas s’y faire. La biomasse morte des plantes (et animaux), au lieu de se décomposer, s’accumule. Le problème actuel est que les tourbières subissent aussi le réchauffement. Pour qu’une tourbière soit réellement un puit de carbone, il faut des conditions particulières (pluies abondantes et températures froides). Là encore, les augmentations de température actuelles risquent plutôt de minéraliser les tourbières. Si on imagine les grandes étendues de toundra se minéraliser, on a un nouveau feedback positif d’augmentation de la quantité de gaz carbonique dans l’atmosphère.
Par contre, des milieux qui étaient trop froids pour l’installation de tourbière pourraient elles en créer. Il y a par contre un problème de temps. La tourbe se forme de manière très lente (dans nos régions, les tourbières forment environ 1mm de tourbe par an…). Pourra-t-elle compenser une minéralisation des tourbières sénescentes ?
Le plus grand puit de carbone est l’océan. Je n’ai malheureusement pas de connaissances sur le sujet. On parle actuellement d’une acidification. Si l’atmosphère est plus riche en gaz carbonique, l’océan également (via les équilibres chimiques). Mais le gaz carbonique, en solution, devient un acide. Si l’acidité des océans augmente, on peut imaginer que la biominéralisation (création de coquilles de carbonate par exemple) soit plus difficile… Il y a actuellement des discussions sur le devenir du puit de carbone de l’océan. Je veux bien des avis à ce sujet.
En résumé, actuellement, on compenserait environ 20% de nos émissions grâce aux puits de carbone et l’avenir de certains de ces puits est remis en cause.
Aspects théorie des jeux
Un autre aspect dont on parle peu et qui m’étonne, c’est la cause des échecs des rendez-vous mondiaux sur le climat. Il y a déjà eu de nombreuses conférences sur le climat avec des résultats plutôt mitigés. Tout le monde a l’air de s’en étonner.
Je trouverais plutôt étonnant que ça fonctionne car on est dans une situation typique de tragédie des biens communs. En résumé, selon des modèles de théorie des jeux (typiquement le dilemme du prisonnier), l’intérêt personnel (= état) prévaut sur l’intérêt commun (=monde) et il est très difficile de lutter contre. Il suffit qu’un participant au sommet n’adhère pas à la stratégie pour que l’ensemble s’effondre. Quelles solutions ? Il y aurait de l’ingérence si on imposait des réglementations à des états…
Voilà un petit résumé de ma vision du changement climatique et il est peu optimiste.