Je pensais surtout au phénomène de spéciation dans une population répartie sur une grande surface géographique, sans isolement. En parcourant d'une extrémité à l'autre de ce territoire, de proche en proche le flux des gènes n'est pas rompu alors qu'entre les deux extrémités, il n'y a plus de flux de gènes. Une sorte de dégradé d'espèces.
(le cercle d'espèce est le cas où ces deux extrémités se retrouvent sur un même territoire)
C'est très exactement la définition de taxons en sympatrie. C'est pour cela que je ne comprends pas l'intérêt (peut-être seulement pédagogique ?) de cette notion de "cercle d'espèces", que je ne crois avoir vu dans aucun des livres que j'ai lus consacrés à l'évolution.
Je me posais donc cette question : existe-t-il des cas similaires connus dans le règne des champignons ?...
Je suis actuellement dans le Sud-Ouest pour le boulot, et n'ai donc pas mes documents sous la main. De mémoire, je crois que oui (je suis même assez certain que oui, mais je dois vérifier tout de même), même si comme je le disais les spéciations sympatriques sont difficiles à mettre en évidence, en particulier chez les champignons. Si mes souvenirs sont bons, il y a plusieurs exemples chez les corticiés (voir les articles de Jacques Boidin, notamment).
Pour aller plus loin encore... Tu parles de flux de gènes... mais cela ne concerne que la reproduction sexuée... Qu'en est-il de la reproduction asexuée ?
Pas de flux de gènes, donc pas d'évolution... Les organismes qui ont perdu la faculté de se reproduire de façon sexuée, en dehors du fait qu'on ne peut que compatir pour cet immense malheur :-), n'ont probablement plus la faculté d'évoluer.
Tu dis, Guillaume, que les exemples de spéciation allopatriques sont nombreux chez les champignons... Tu veux bien nous en citer quelques-uns, s'il te plait ? S'agit-il de spéciations observées à l'échelle humaine ?
Un mycologue américain du nom de Ronald Petersen a beaucoup travaillé sur cette question, et a publié nombre de très intéressants articles (voir liste partielle en fin de message). Il a notamment travaillé (GORDON & PETERSEN, 1997) sur des récoltes américaines et européennes, morphologiquement indissociables, de Marasmius androsaceus (L. : Fr.) Fr. : trois groupes d’interstérilité ont été décelés. La biogéographie, ainsi que le support de récolte pour ces petits champignons saprophytes (feuillu, conifère ou autres), sont deux caractères qui semblent trop souvent négligés dans les études systématiques de ce groupe. Les mêmes auteurs (GORDON & PETERSEN, 1998) ont ensuite travaillé, selon les mêmes principes, sur Marasmius scorodonius (Fr. : Fr.) Fr. Si tous les lots sont intercompatibles, l’analyse d'enzymes nommées laccases montre quatre lots bien différenciés, suggérant un début de divergence génétique. Un article traite aussi de la diversité biogéographique du très connu « Armillaire couleur de miel » (COETZEE et coll., 2000), qui était jusqu'alors compris comme une espèces très variable avec un large éventail d'hôtes. Les auteurs ont comparé, en utilisant des techniques de reconstructions phylogénétiques, les populations d’Armillaria mellea provenant de quatre localités biogéographiques, Europe, Asie, Amérique du nord-ouest et Amérique du nord-est. Les arbres obtenus en alignant les séquences prises en compte sont très parlants : les taxons se regroupent par grande localité biogéographique, mettant en évidence un processus de spéciation qui, si non achevé (difficile de le savoir !), est du moins largement entamé.
Et les exemples sont évidemment extrêmement nombreux ! En réalité, et sans faire de généralisation abusive, quand on étudie des populations nettement séparées de champignons morphologiquement semblables, il s'agit presque toujours d'espèces différentes (ou, du moins, d'espèces en cours de formation).
En ce qui concerne l'échelle de temps pour ces spéciations, on ne sait pas trop. Chez les plantes à fleurs, des spéciations en quelques générations ont été mises en évidence. Même chose chez les animaux, avec notamment un exemple récent tout à fait passionnant chez les lézards (voir, par exemple, ici : http://dwsvt.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=223&Itemid=129).
Amitiés, Guillaume.
COETZEE, M. P. A., WINGFIELD, B. D., HARRINGTON, T. C., DALEVI, D., COUTINHO, T. A. & M. J. WINGFIELD. 2000. — Geographical diversity of Armillaria mellea s. s. based on phylogenetic analysis. Mycologia, 92 (1), p. 105-113.
GORDON, S. A. & R. H. PETERSEN. 1997. — Infraspecific variation among geographically separated collections of Marasmius androsaceus. Mycol. Res., 101 (3), p. 365-371.
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