Y.Courtieu a écritUn genre ne doit pas être polyphylétique parce que c'est sa vocation... dis-tu.
Ce n'était pas le cas avant, cela me semble évident. Donc c'est nouveau, cette "vocation". A l'arrivée de la phylogénie, pour résumer,
il a été "plus ou moins décidé" (avec de bonnes raisons, je peux le comprendre) que la vocation du genre était désormais de ne pas être polyphylétique. Je n'aurai rien contre si je n'en voyais les conséquences.
Si je peux me permettre de mettre de grain de sel, l'idée de faire coller la classification aux lignées évolutives est loin d'être récente, elle date de l'officialisation de la théorie de l'évolution ! Dès lors, il fallait regrouper dans un même taxon les espèces proches, au sens de leur affinités évolutives. Darwin lui-même s'est essayé à l'exercice, de façon purement hypothétique. Si on s'est attaché dans un premier temps (19 ème siècle) à des regroupements fondés sur la morphologie, c'est parce qu'on travaillait avec l'idée que plus les espèces se ressemblaient, plus elles devaient être affines; et parce que de toutes façons, on n'avait pas d'autres données à disposition pour justifier les regroupements en genres, familles, etc... C'est au cours du 20 ème siècle que l'on s'est rendu compte que les choses n'étaient pas si simples, dans les secteurs de la biologie où commençaient à se constituer d'imposantes et complètes collections de fossiles permettant de connaître l'histoire des espèces objectivement, et non par déduction ...On s'est rendu compte que les ressemblances, ou dissemblances pouvaient être trompeuses, et conduire à des rapprochements ne correspondant pas aux lignées évolutives. C'est dans les années 50, bien avant l'utilisation de l'ADN, que la cladistique est née, avec l'idée de faire le tri entre les différents types de caractères, partagés, dérivés, ancestraux, et en suivant leurs apparitions et leurs transmissions le long des clades. Toute la terminologie utilisée aujourd'hui ( phylogénie, polyphllie, synapomorphie, etc..) vient de cette époque. le but était encore et toujours de continuer à respecter l'idée que la classification devait refléter les lignées évolutives.
La mycologie était singulièrement absente de ce mouvement, pour la simple raison qu'il n'y a pas de collections de fossiles suffisamment complètes pour être exploitables, aussi les mycologues ont continué de faire de la systématique "à l'ancienne". sur la base des caractères morphologiques contemporains, sans aucune idée du passé. L'arrivée des analyses ADN a permis enfin de fournir à ces derniers des information sur l'évolution, et les affinités évolutives des champignons entre eux. Comme c'est arrivé d'un seul coup, et il y a peu, ça donne une impression de grand chambardement absente en zoologie, où les fossiles avaient déjà depuis longtemps contribué à améliorer la classification. Par exemple on savait bien avant l'ADN que les oiseaux étaient des dinosaures, mais pas des reptiles, catégorie paraphylétique..
Donc non, l'idée qu'un genre doive être monophylétique est loin d'être nouvelle, elle découle directement de la théorie de l'évolution, et est universellement admise depuis longtemps, mais depuis peu en mycologie...
C'est bien ce que j'entendai en disant nouvelle, cela faisait allusion uniquement à la mycologie
Je ne suis pas certain du tout et pour le moment guère convaincu que ce choix ait été judicieux. Il me semble qu'on aurait pu prendre une autre logique. Il a été inventé tout un vocabulaire autour des nouveautés nées de la phylogénie : c'est normal et c'est très bien. Clades, arbres phylogénétiques, marqueurs ITS, etc... Etait-il difficile de créer une notion nouvelle, totalement indépendante de l'ancienne notion de genre et susceptible de remplir la vocation dont tu parles et dont je comprends fort bien la nécessité scientifique ?
Un genre avait pour vocation avant de grouper des espèces ayant un caractère morphologique commun, comme par exemple la texture de la chair et l'absence de latex dans le genre des russules. Pourquoi mélanger ces choses-là avec la génétique ?
L'avantage de conserver cette vocation-là à la notion de genre aurait été de respecter les anciennes classifications qui sont bien plus abordables par le grand public, sans les chambouler de cette façon.
Sur le terrain, je dis quoi aux gens : de regarder la texture de la chair des champignons qu'ils trouvent et la présence ou non de latex ou je leur dis d'envoyer leur champignon au laboratoire ? La réponse me parait claire. Mais comment allons-nous nommer les champignons, si ce n'est plus sur ce type de critère qu'on les nomme ? Quand je vois déjà que le simple emploi du latin rebute les apprentis mycologues en herbe..
Je me demande très sérieusement si tout cela n'est pas en train de couper de façon irréversible l'étude scientifique des champignons de sa base même, celle constituée du ramasseur lambda, qui reste pourtant le plus à même de devenir un futur mycologue.
Pas du tout ! je viens pas plus tard qu'hier d'expliquer à des débutants, pendant la séance de commentaires à l'issu d'une sortie SMf, pourquoi les sclérodermes étaient plus proches des bolets que des lycoperdons, avec les notions de convergence et tout le tintouin, eh bien ils ont compris ! Il ne faut pas prendre le grand public pour plus bête qu'il n'est, on peut leur parler de lait sans commencer par dire "lolo".
C'est très bien et j'ai compris ce qu'on me dit. Cela ne m'empêche pas de... ( voir ci-dessous )
En quoi serait-il gênant pour les scientifiques de mettre à leur place correcte sur leurs arbres phylogénétiques les anciens noms des champignons plutôt que des nouveaux noms ? C'est au fond cela que je ne comprends pas... c'est à l'amateur de s'adapter... Pourquoi pas aux professionnels de s'adapter aux amateurs, en sens inverse ?
Il n'est pas question d'adapter l'un à l'autre, ou réciproquement, mais d'accepter les deux, parallèlement. Un exemple que j'ai déjà cité, ce sont les daurades : il y avait une vingtaine d'espèces qui ont été regroupées par Linné dans le genre sparus. Aujourd"hui, il y a plus de 400 espèces de daurades, regroupées ( ou divisées..) en 38 genres ( j'imagine le tollé si quelqu"un organisait les 400 russules en 38 genres ;o)))) ), au sein de plusieurs sous-familles et d'une famille. Eh bien les non-spécialistes et le grand public ignore superbement les 38 genres, et continuent à dire "daurade", où est le problème ?
Effectivement, je suis tout à fait d'accord ! On ne m'empêchera donc pas d'ignorer superbement tous les nouveaux genres de bolet : où est le problème ?
Encore une fois, en astronomie, on ne fait pas cela. Il existe des classements d'astres destinés aux échanges entre scientifiques et uniquement à cela, mais on ne touche pas à la nomenclature traditionnelle.
PS : Merci de m'avoir consacré tout ce temps ! J'ai au moins compris ce qui se passe, même si je trouve bien dommage qu'on mélange ainsi les classifications, au lieu de les séparer.