Habitat
Récolté le 18 juillet 2024, à Eup (Haute Garonne), sur un tronc en partie calciné, dans un centre de vacances.
Description macroscopique
Deux fructifications polyporoïdes sur un tronc couché partiellement calciné.
Un premier, dimidié avec un point d’attache réduit, environ 80 mm de large sur 50 mm de projection. Revêtement laineux, blanc crème à ochracé. Hyménium concolore, une partie est comme obstruée, présentant une surface bosselée, alvéolée, le reste est irpicoïde à hydnoïde avec des aiguillons mesurant 4–6 mm. Chair tendre, aqueuse, blanchâtre, puis liégeuse, jaune brunâtre en séchant. Réaction à la potasse (30%) rouge vineux sur le chapeau et la chair, test réalisé sur basidiome sec.
Le second, plus grand, environ 150 mm de large, est en partie calciné, la jonction substratale est étalée. Hyménium hydnoïde à aiguillons de 6–8 mm.
Microscopie
Spores cylindriques, légèrement arquée de profil (4,7) 5,0–6,0 (6,2) × (2,2) 2,4–3,0 (3,3) µm.
Moyenne : 5,5 × 2,8 µm. Q = (1,6) 1,7–2,3 (2,5) Qm= 1,95
Basides tétrasporiques. Trame monomitique, hyphes génératrices avec de multiples boucles (1–4) aux cloisons
Discussion
Au premier abord, je ne me suis pas attardé sur l’exemplaire détérioré par le feu, intrigué aussi par l’hyménium en partie obstrué du premier basidiome. Pensant voir un hyménium plutôt poré irpicoïde et considérant le caractère aqueux et tendre de la chair, je m’égarais dans les polypores du côté des Postia , Oligoporus et autres genres proches.
L’étude des caractères microscopiques révélait un élément étonnant, jamais observé pour ma part : des hyphes bouclées avec de multiples boucles aux cloisons. En quête de polypores ayant ce caractère si particulier, le nom Climacodon pulcherrimus est apparu puis me sera suggéré sur le forum Mycologia Europaea. En observant plus attentivement l’hyménium du plus petit basidiome, les aiguillons étaient nettement visibles à proximité du point d’attache.
Dans sa description, Françoise Candoussau emploie le terme « boucles verticillées » (Voir Bulletin de la Société mycologique du Béarn Récolte de Climacodon pulcherrimus (Berk & Curt) Nikol. dans la Forët de Bugangue (64 Oloron) Candoussau 1981).
Décrite en Floride, Climacodon pulcherrimus est une espèce essentiellement tropicale, d’après la littérature : Candoussau (1981), Moreno, G. et coll. (2007), Pérez de Gregorio M. A. et coll. (2014) elle est largement répandue dans le monde, connue en Asie (Japon, Java, Pakistan, Malaisie, Philippines, Sikkim et Thaïlande), sur le continent américain (Floride, Caroline du sud, Mexique, Brésil) et en Océanie (Australie, îles Fidji). En Europe, l’espèce serait présente en Russie, en Biélorussie, en Ukraine, en Autriche, en République tchèque, en Espagne et en France. Sur notre territoire national, la majorité des récoltes sont dans le sud, notamment le long de la chaîne des Pyrénées où l’espèce semblent bien installée de part et d’autre de la frontière franco-espagnole. Signalons aussi plusieurs récoltes mentionnées par Patrice Tanchaud en Charente et Charente-Maritime et par Jean Pierre Raverat en forêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne).
Concernant la réaction de la chair et du chapeau à la potasse, elle indiquée légèrement rougeâtre par Bernicchia et Gorjon dans la clé de détermination des Climacodon européens (rougeâtre selon Pérez de Gregorio, rose orangé à rougeâtre selon P. Tanchaud). La couleur plus sombre, rouge vineuse, est probablement due au fait que le test a été réalisé sur un basidiome sec.