Basionyme : Agaricus griseus Schaeff.
Macroscopie
Chapeau mesurant 13-20 mm de diamètre, hémisphérique ou convexe bombé puis aplani à concave, parfois ondulé ; surface lisse, mate, grise à gris brun, parfois blanchâtre ; marge lisse, faiblement striée par hygrophanéité, plus claire que le centre, un peu débordante.
Pied mesurant 35×2 mm de diamètre, lisse, fibrilleux longitudinalement, blanc au sommet, devenant progressivement jaune ochracé en direction de la base, cylindrique, couverts de caulocystides visibles à la loupe. Pseudorhize mesurant jusqu'à 60 mm de longueur, continuant le pied jusqu'à son substrat, couverte de rhizomorphes agglutinant la terre.
Lames blanches, étroitement adnées à presque libres, entremêlées de lamellules ; L = 26-33, l = 2-5.
Chair très mince, blanche, légèrement élastique dans le chapeau.
Odeur faiblement terreuse.
Saveur douce, goût de champignon.
Microscopie
Chéilo- et pleurocystides cylindriques, à sommet arrondi voire capitées, non métachromatiques, paroi fine. Caulocystides fréquentes, aciculaires, parfois arrondies au sommet voire légèrement capitées, paroi fine.
Écologie et phénologie
Sur cônes tombés de Picea abies (épicéa commun), souvent enterrés. Printemps et automne. Fréquent. Grégaire.
Discussion
Cette espèce est probablement fréquente, mais probablement souvent confondue avec Strobilurus esculentus qui pousse sur les cônes de la même essence. Il se distingue de ce dernier par ses chéilocystides à paroi épaisse et non métachromatiques et sa couleur du chapeau brune. Il semble être également le seul à croître sur cônes d'épicéas en automne.
Une autre espèce automnale existe en Europe : Strobilurus sp. MB-103062. Elle pousse cependant sur les cônes de Pinus peuce (pin de Macédoine) et possède des pleurocystides à sommet subaigu.
Strobilurus lignitilis (= S. albipilatus ) est une espèce nord-américaine semblable. Elle pousse également lors des mois automnaux, mais croît sur divers débris de différents conifères. Il semble autrement difficile de les différencier sur des bases morphologiques.
Moreau et Courtecuisse ont recombiné Strobilurus griseus d'après Métrod depuis le nom illégitime d'Agaricus griseus de Schäffer. Il reconnaît son champignon chez Schäffer qui lui-même le reconnaît chez Micheli.
Métrod reprend une opinion de Fries et Quélet. Fries synonymisait l'Agaricus griseus de Schäffer avec Agaricus (Collybia ) tenacellus . Quélet, probablement influencé par Fries, les synonymise avec Agaricus clavus , esculentus , tenacellus et d'autres.
On trouve des disparités entre le taxon de Métrod et celui de Schäffer. Schäffer parle de lamelles concolores au chapeau (lamellis concoloribus ) et donc cendrées. Cependant, Strobilurus griseus a des lames blanches pouvant être grisâtres, mais ne sont pas concolores. Ni Micheli, ni Schäffer ne mentionnent la croissance sur cônes, bien qu'ils puissent être passés à côté car bien souvent enfouis. De plus, la forme des spores montrées par Schäffer n'est pas connue dans le genre Strobilurus . On peut encore ajouter qu'il est étrange que Métrod ne fait pas de remarque quant à la phénologie de son champignon, qui pousse de mars à avril, mais est automnal chez Schäffer. L'hypothèse de la conspécificité de ces deux champignons semble alors caduque.
Schäffer utilisait le terme radicato pour définir un pied ayant à sa base des poils et non pas pour décrire un pied radicant. Il use de ce premier terme chez Agaricus acicula (actuellement Mycena acicula ), par exemple. Il illustre sur la planche CCXXVI du tome 3 un champignon à chapeau nettement strié, avec une dépression centrale et une sporée blanche. Le pied ne présente pas de pseudorhize comme les Strobilurus. On peut alors hypothétiser qu'il s'agit Mycena de la section Cinerellae ou Fuliginellae , mais les spores montrées sont pratiquement sphériques (Q = 1,12-1,2). Aucune ne présente cette caractéristique.
Persoon, dans les commentaires de cette série, classe Agaricus griseus dans sa huitième famille (familia octava ), qu'il nomme Gymnopus .
En voici sa définition :
Pileus varius, orbicularis, integer, carnosus aut membranaceus, persistens. Lamellae inaequales, immutebiles arescentes. Stipes centralis. Volva, annulus ae cortina nulla.
Il subdivise cette grande famille en plusieurs catégories :
Pileo infundibuliformi aut profunde umbilicato, lamellis decurrentibus.
Pileo convexo laevi aut umbonato.
Pileo convexo.
Pileo infundibuliformi aut umbilicato.
Dans ces catégories, il classe Agaricus griseus dans la deuxième catégorie. C'est tout à fait étonnant en vue de la planche que Schäffer fournit dans le tome 3 de sa série dont les exemplaires présentent une nette dépression.
Descriptions historiques
Micheli, 1729
Nova Plantarum Genera, p. 147. Leucophaei, grisei, adamantini, cinerei, murini 5.
Fungus griseus, gracillimus, pileolo galericulato, pediculo lineam crasso, præalto fistuloso. Fungherello grigio, dilegine, di gambo alto, e fottile. Mense Octobri, inter Muscos viget, per Scandicci alti sylvas, & potissimum in querceto, vulgo il Bosco del Fratone .
Schäffer, 1774
Fungorum qui in Bavaria et Palatinatu circa Ratisbonam nascuntur icones, nativis coloribus expressae 3, p. 59
Agaricus caulescens, solitarius, non carnosus; pileo convexo, cinereo, per tempestatem spadiceo; lamellis concoloribus, paucis; petiolo tereti, gracilli, subtortili, fistuloso, radicato, concolore; velo & annulo destitutus.
Fungus griseus, gracillimus, pileolo, galericulato, pediculo lineam crasso, præalto, fistuloso.
Mich. nov. gen. pl. pag. 147.
Automno inter muscos in sylvis ad radices arborum reperitur.
Der ganze Schwamm ist weißgrau, durc nasses Wetter rötlich braun. Wird im Herbste in den Wäldern unter dem Moose and den Wurzeln der Bäume angetroffen.
Persoon, 1800
Commentarius d. iac. Christ. Schaeffero quondam eccles. evangel. Ratisbon. pastoris et superintendentis fungorum bavariae indigenorum icones pictas differentis specificis, synonymis et observationibus selectis illustrans, p. 59
A. pileo membranacea cinereo per tempestatem spadixeo, lamellis paucis concoloribus, stipite subtortili gracili radicato. Schaeff. Ind. p. 59
Autumno in sylvis inter muscos. S.
Obs. Cl. Withering in suo libro saepius citato p. 271 hanc speciem ut varietatem ad Agaricum semiglobatum Batsch., El. fung. f. 110. , et forte nec immerito retulit.
Métrod, 1949
Coloration des cystides par le bleu de crésyl. Marasmes conigènes. Revue de Mycologie 14(2), p. 124
En troupes sur les cônes d'épicéas tombés, dans les endroits terreux et humides des forêts des environs de Champagnole, récolté tous les ans en mars et avril.
Chapeau peu charnu, non fragile, d'abord convexe légèrement umboné, à la fin se relevant au bord, 20-22 mm., mat; presque hygrophane : gris bistre à sépia, et faiblement strié lorsqu'il est imbu, pâlissant en séchant ; sous les cônes on trouve parfois des exemplaires presque blancs.
Pied confluent, cartilagineux, grêle, 2 mm. de diamètre, de longueur variable, finement fistuleux, blanchâtre en haut, jaunâtre au milieu, pubescent; la partie inférieur est hérissée de poils blancs et fixée entre les écailles du cône.
Lamelles minces, inégales, serrées, peu larges aiguës en avant, arrondies sublibres en arrière ; blanches.
Chair blanchâtre dans le chapeau, un peu colorée dans le pied; odeur faible, saveur douce.
Sporée blanche.
Cheilocystides et pleurocystides nombreuses, subcylindriques à peine ventrues, atténuées à la base, étranglées au-dessous du somme, 50-75 × 10-15 μ; à paroi d'épaisseur assez régulière 0,5-1 μ; le sommet est généralement nu, mais quelques fois poudré de petits grains; le bleu de crésyl ne colore pas les cystides en rouge , mais met en évidence à l'intérieur un cytoplasme finement granuleux.
Caulocystides nombreuses, coniques, plus ou moins capitées, ampulacées à la base, de dimensions très variables 50-100 × 5-10 μ.
Revêtement piléique hyméniforme composé de cellules claviformes, brunes, mesurant 20-25 × 15-20 μ; ce revêtement est traversé par des poils subfusiformes, à long col et capités, mesurant 50-60 μ de largeur, et 8-12 μ de diamètre dans la partie la plus large.
Hyphes dépourvues de boucles.
Basides tétrasporiques.
Spores ellipsoïdes, 4,5-5 × 2,5-3 μ, lisses, non amyloïdes.
Métrod, 1952
Les Collybies. Revue de mycologie 52(1), p. 73 et 86.
Cystides à parois mince, arrondies au sommet, subcapitées, subcylindriques, ne se colorant pas en rouge par le bleu de crésyl ; sur les cônes d'épicéas. [...]
Cette espèce a un aspect plus mycénoïde que les espèces précédentes, mais c'est surtout par les cystides qu'elle s'en distingue.
Bibliographie
Métrod, G. 1952. — Les Collybies. Revue de mycologie 52(1), p. 60-93.
Métrod, G. 1949. — Coloration des cystides par le bleu de crésyl. Marasmes conigènes. Revue de mycologie 14(2), p. 121-125.
Micheli, P.A. 1729. — Nova Plantarum Genera.
Persoon, C.H. 1800. — Commentarius d. iac. Christ. Schaeffero quondam eccles. evangel. Ratisbon. pastoris et superintendentis fungorum bavariae indigenorum icones pictas differentis specificis, synonymis et observationibus selectis illustrans.
Schäffer, J.C. 1774 — Fungorum qui in Bavaria et Palatinatu circa Ratisbonam nascuntur icones, nativis coloribus expressae.
Annexes
Mesure des spores de l'Agaricus griseus de Schäffer
Le fichier PDF de l'ouvrage scanné sur Biodiversity Heritage Library (lien ) a été téléchargé. L'illustration a ensuite été extraite. Le fichier JPEG a ainsi été importé dans le logiciel d'édition d'image Adobe Photoshop. Les spores ont été mesurées à l'aide de l'outil règle.
Les valeurs obtenues sont les suivantes :
Spore en haut au centre : 18 x 17 px (Q = 1,12)
Spore en bas à gauche : 18 x 15 px (Q = 1,2)
Spore en bas à droite : 19 x 18 px (Q = 1,06)
Chéilocystide
Chéilocystides
Chéilocystides
Chéilocystide
Caulocystides