Habitat
Plusieurs exemplaires trouvés dans la terre nue d’un bord de ruisseau sous des ailnes (Alnus glutinosus) le 19 mai 2011 lors de la première sortie consacrée à l’’inventaire du marais de Saône. Legit Gilbert MOYNE.
Chapeau
10-30mm, convexe puis convexe étalé avec la marge restant enroulée et souvent un gros mamelon assez indistinct et bas. Revêtement brun rougeâtre assez terne et foncé (vers Séguy 191 un peu plus foncé et plus terne) puis palissant au sec car il est plutôt hygrophane et, dans ce cas, le brun prend une nuance plus jaunâtre (vers Séguy 191), souvent plus foncé au disque, parfois presque noir. Non strié mais parfois un peu plissoté vers la marge, finement villeux (feutré ou velouté ?) sous la loupe avec parfois des traces de restes de voile subtiles. Marge régulière, souvent confusément et finement cannelée.
Lames
Jusqu’à 3 mm, assez épaisses, espacées, faiblement accrochées au stipe, brun jaune sale, peut-être avec une nuance vaguement olivacée à la fin, arête irrégulière à érodée, un peu plus pâle. Sporée brun sale assez sombre.
Stipe
18-35 x 2-3,5 mm. Régulier, un peu bulbeux à la base. Brun (concolore au chapeau) mais souvent plus foncé à la base qui peut même être pratiquement noire. Strié, finement ponctué de discrètes traces de voile, un peu plus villeux dans la moitié inférieure, sans anneaux.
Chair
Peu épaisse, vite creuse dans le stipe, brunâtre pâle. Odeur faible, presque insensible, agréable, peut-être un peu sucrée avec une composante pélargoniée pour Pierre CHAILLET.
Microscopie
Spores (A) : (9) 9,9 - 13,1 (15) x (5,1) 5,2 - 6,2 (10,6) μm ; Q = (1,1) 1,8 - 2,2 (2,8) ; N = 90 ; Me = 11,2 x 5,8 μm ; Qe = 2. Elliptiques à fusiformes, à verrues peu saillantes mais assez lourdes. L’amplitude des mesures est importante (15-9 = 6 μm).
Basides (B) : 31,5-34 x 8-9 μm, quadrisporiques (bisporie possible ?)
Cheilocystides (C) : (41,7) 42,1 - 51,1 (52) x (6) 6,1 - 8,2 (8,7) μm (largeur à la base). Sétiformes à base plus ou moins ampullacée surmontée d’une longue partie étroite et effilée. Boucles présentes ainsi que dans la trame des lames (D).
Pleurocystides : absentes.
Suprapelis (E) : essentiellement formé de gros articles celluleux avec quelques éléments allongés en surface.
Discussion
Cette espèce a été tout de suite estimée par le groupe comme une Alnicola (Naucoria) et son amertume, sa couleur, la présence des saules pouvaient faire penser à quelque chose gravitant autour d’amarescens. Mais la micro ne convient absolument pas. Les spores en particulier, trop longues et de forme inadéquate, incitent à chercher ailleurs. L’excellente clé de Monsieur MOREAU a l’avantage d’être facilement accessible sur internet (Le genre Alnicola (Hymenogasteraceae ) - Pierre-Arthur Moreau ) mais elle nous pose d’emblée une difficulté dans la mesure où elle ne comporte aucun dessin, en particulier microscopique. En consultant les représentations microscopiques (en particulier de M. ROUX in 1001 champignons) nous pouvons synonymiser nos cystides sétiformes avec les cystides fusiformes de M. MOREAU et ainsi sélectionner la première partie de la clé concernant les sections Alnicola et Amarescens, la section Cholea regroupant des espèces arctico-alpines ne convenant pas. La section la plus séduisante est Amarescens dans la mesure où elle regroupe des espèces, en partie liée aux saules. La spore n’étant pas vraiment papillée et la couleur assez sombre, A. zonata est à éliminer. La spore largement supérieure à 11 μm conduit directement à A. tantilla qui ne convient pas, puisque elle, aussi est plutôt montagnarde.
Il faut donc changer d’aiguillage et se rabattre sur la section Alnicola, qui comporte beaucoup d’espèces liées à l’aulne mais peut éventuellement abriter des espèces que les saules ne rebutent pas. La bifurcation liée à l’odeur n’est pas un obstacle puisque l’une des branches de cette bifurcation conduit à une seule espèce (A. suavis) aux spores remarquablement courtes. Il s’agit bien évidemment d’une espèce à chapeau sombre (au moins sur le frais) ce qui exclu A. luteolofribrillosa. Sa saveur nettement amère éliminant du même coup A. striatula, forme pâle de umbrina. Seule A. escharoides pose problème dans le sens où elle possède de nombreux caractères concordant sauf... la couleur.
Reste donc les espèces à chapeau sombre. A. salalbertii peut, semble t’il, être écarté pour deux raisons : sa croissance en touffe et sa spore ne dépassant pas 11 μm. Exit également de A. umbrina à saveur douce et chapeau strié. A partir de là, les choses se compliquent rudement car il ne reste que deux prétendants possibles. En effet, du fait de la taille et la forme des spores, toutes les autres
Alnicola sombres sont à éliminer. A. dubis est très peu probable car elle est donnée avec un goût amarescent à douçâtre et de poussée tardive.
Pas élimination progressive, il ne reste donc plus qu’Alnicola scolecina. De couleur brun rougeâtre, semble-t-il, à spores de 10-13 μm, croissant surtout au bord des ruisseaux. Enfin les espèces poussaient sous Alnus glutinosa, ce qui est son milieu.
L’avis de M. MOREAU a été demandé : Alnicola scolecina a été confirmée.
Ouvrages consultés
ROUX P. : Mille et un champignons – Editions Roux – 2006
MOREAU P. A. : Clé expérimentale des Alnicola européennes – Laboratoire de botanique et de Mycologie – université de Lille, consultable sur internet.
BREITENBACH J. & KRÄNZLIN F. : Champignons de Suisse, tome 5 - édition Mycologia – 2000. LUDWIG E. : Pilzcompendium tome 1– HIW verlag – 2001.
KNUDSEN H. & VESTERHOLZ J. : Funga nordica – auto éditeurs – 2008.
EYSSARTIER G. & ROUX P. :Guide des champignons – Belin – 2011.