Bonjour,
Je n'ai pas eu la chance d'être initié, comme beaucoup, pendant mon enfance, mes parents étant mycophobes.
Chez nous, les champignons sauvages étaient tous "classés" dans le vaste coffin des "moisissures", "lèpre végétale" ou "fossoyeurs" (?), à peine distingués de la vermine!.
J'ai eu par contre la chance d'avoir une épouse très portée sur les plantes sauvages comestibles, et venant d'un pays très mycophage, où l'on mange tous les jours au moins trois sortes de fonges cultivés, dont F. velutipes en bouton, des Tricholomes shiméjis ou des pleurotes du Chardon Roulant... etc. Hélas, sur le terrain, nous étions incapables de distinguer avec certitude, autre chose que les cèpes et les giroles, et je me souviens de ces superbes armillaires, bolets bais, ou pivoulades, récoltés au cours de randonnées sylvestres, qui finissaient invariablement dans la poubelle familiale.
Le virus, ou le déclic, ce fut la rencontre tout-à-fait extraordinaire, avec un Petit Prince de la mycologie, dans une forêt parisienne. Haut comme trois vesses-de-loup, il portait un grand panier, divisé en compartiments. Il devait avoir 10 ou 11 ans, et connaissait déjà le nom des arbres et les biotopes. Le temps s'était arrêté pendant qu'il nous faisait la visite guidée de son panier, dont plus de la moitié était destinée aux "séances du lundi". Deux semaines plus tard, je poussais la porte de la SMF, alors logée gratis dans le temple de la Minéralogie du Jardin des Plantes, faisait craquer le parquet bicentenaire de l'immense salle, achetais l'atlas en 3 volumes de Roro, et me fit incendier par la bibliothécaire, MME Lubineau, pour avoir osé citer Marchand en nommant ma première Psalliote méléagris = "Agaricousse mélé à grisse". Aussi blush de confusion qu'un hygrophore rouge ponceau, j'étais ainsi intégré dans la secte, venue du Jura, vouée à l'étude des enfants-des-arbres de ma verte compagne.