Salut Ă tous
j'ai contacté de Dr Giacomoni qui m'a très gentiment répondu. Il confirme la toxicité avérée de tous les agaric, qui deviennent encore pires en vieillissant.
Il est cependant clair pour lui que le marché économique l'emporte sur la transparence et ce sont des connaissances confidentielles... en France !
Voici le texte de 2 pages (89 et 90) d'un ouvrage de 1989 qu'il a signé : Les Champignons : Intoxications, pollutions, responsabilités, une nouvelle approche de la mycologie (et qui est introuvable, d'ailleurs si vous l'avez, j'en prendrai bien copie).
4 - HYDRAZINES
Les hydrazines sont les substances les plus dangereuses identifiées chez les champignons supérieurs dits comestibles1. On sait maintenant de façon formelle qu'elles sont responsables de la toxicité aiguë et chronique de Gyromitra esculenta2.
Mais on ignore (ou on fait semblant d'ignorer) que des poisons de la même famille se trouvent en quantités importantes et à l'état naturel (sans contamination par les pesticides ou les pollutions industrielles) chez la plupart des Agarics comestibles et chez le plus consommé d'entre eux, et souvent à l'état cru : Agaricus bisporus, le champignon de paris cultivé.
Les travaux confidentiels, tout au moins en France, de Levenberg (L5-6-7), de Daniels (D3), de Ross (R10-11-12), de Bela Toth (T6 à T18), de Daniel Nagel (N1) et de bien d'autres, l'ont clairement démontré. Nous avons consulté quelques unes des publications parmi les plus importantes, de l'équipe Bela Toth. Les titres de ces travaux sont évocateurs :" Effet cancérigène d'un métabolite de l'agaritine extrait d'Agaricus bisporus", "Induction de tumeurs gastriques par une dose unique d'HMBD", "Carcinogénèse de l'ion HMBD d'Agaricus bisporus", etc.
Nous avons également consulté les ouvrages étrangers qui ont eu le courage de mentionner la présence de ces poisons chez les Agarics. Mycologues de France et d'ailleurs, lisez-vous l'anglais ? l'allemand ? l'italien ? (peut-être le turc et le bulgare, mais nous n'avons pas les références...) Vous serez édifiés par les révélations sur les Agarics comestibles publiées par Riimack et Salzman (R14), Bre-sinski et Besl (B24), Arturo et Maurizio Ceruti (C1). Les auteurs italiens en arrivent même à conseiller... l'abstinence !
Ajoutons pour compléter ce sombre tableau, que la pollution agricole n'est pas négligeable (certains dérivés hydraziniques sont employés comme désherbants), ni même la pollution industrielle (antioxydants, carburants de fusée).
Nous n'avons pas de référence française à proposer. On comprend les scrupules des mycologues écrivains quand il s'agit du Champignon de Paris. Mais pourquoi ce silence sur les Agarics sauvages ? Le déterminateur conseil qui trie avec condescendance un panier de "Boules de neige" est-il informé ? En 1980, Boekelheide (B15) a montré qu'Agaricus bisporus élabore, en plus, des métabolites néphro-toxiques. Quel mycologue français est au courant ?
Toutes les hydrazines des Psalliotes sont issues de l'agaritine (ou glutamyl-phénylhydrazine), elle-même non toxique, ou peu toxique, encore que cette affirmation rassurante soit contestée. Mais tous les dérivés de l'agaritine, synthétisés par le champignon lui-même, sont cancérigènes. Voici les principaux poisons :
a) AMPH (4-Hydroxyméthylphénylhydrazine). Aux doses expérimentales de 0,0625%, niveau moyen de toxicité, la plupart des animaux de laboratoire ont succombé ("Most of the animals died"). La mortalité était déjà de 50% à la 10ème semaine, essentiellement par adénocarcinomes pulmonaires et tumeurs des vaisseaux (angiosarcomes). Le 3ème type de tumeur le plus souvent rencontré est un lymphosarcome.
b) GCPH (4-Carboxyphénylhydrazine). Toth et al. ont calculé les quantités de GCPH contenues dans différents lots de champignons cultivés. Voici les chiffres : de 36,9 à 48,5 mg/kg de champignon FRAIS. (C4) (A titre de comparaison, Andary et al., toujours sur champignons frais, mais sur Gyromitres ! ont trouvé dans différents lots des quantités de monométhylhydrazine de 50 à 70 mg/kg pour la série la plus faiblement dosée, et de 135 à 330 mg/kg pour la série la plus fortement dosée). (A3)
Ce dérivé serait l'un des plus dangereux parmi la soixantaine de substances hydraziniques identifiéés chez Agaricus bisporus I (Toth, 1984)
c) HBA (p-hydrazino benzoTc acld). Extraite du "commercial mushroom", cette substance est considérée comme un précurseur biosynthétique de l'agaritine. Les lots d'Agaricus bisporus analysés en contenaient en moyenne 10 à 11 mg/kg. Conclusions de Yeshpal Chauhan et de son équipe :
"The level of agaritine in these mushrooms therefore is approximately 70-fold higher than that of HBA. It appears that either the biosynthesis of agaritine proceeds through alternate pathways not involving HBA or HBA is rapidly converted to others compounds involved in agaritine biosynthesis. HBA is presently under study for carcinogenic action in mice." (1984)(C3)
d) HMBD (4-hydroxyméthyl-benzenediazonium). Le tétrafluoroborate de HMBD utilisé en applications locales induit des tumeurs de la peau chez les souris. Ce produit peut être formé dans l'estomac par ingestion d'amines aromatiques et de NITRITES (Nous avons vu précédemment que les nitrites, eux-mêmes cancérigènes, sont synthétisés par certains champignons et fournis à d'autres par les nitrates des engrais azotés). Il est possible, selon Toth et al., que les ions diazonium soient l'ultime étape carcinogénique des méthylphényl-nitrosamines.
Expérimentalement, le HMBD a été utilisé à des doses moyennes de 50 mg/kg de poids en injections sous-cutanées. Si l'on cherche un peu de recul comme pour toute étude de substance cancérigène, on trouve : une mortalité des lots QUATRE fois supérieure aux lots témoins à la 40ème semaine, et une mortalité DOUZE fois supérieure à la 60ème semaine.
Les principales tumeurs sont des lymphosarcomes et des adénocarcinomes. Les organes les plus atteints sont le foie et les poumons.
Par la suite, l'équipe de Bela Toth a expérimenté ce produit par voie buccale : UNE SEULE dose de 0,4 mg (400 microgr.) diluée dans du sérum physiologique à 0,01ml par gramme de poids de l'animal. La mortalité était comparable aux expérimentations précédentes, par adénocarcinomes de l'estomac mais aussi par cancers du poumon, du foie, de la thyroïde.
Conclusion des auteurs : Agaritine, a stable and watersoluble compound when absorbed from the gastrointestinal system, is probably distributed throughout the body, and the likelihood exists that in the various cells the different oxidatives enzymes momentarily transform it to the diiazonium ion. Since the diazonium compound induced tumours at the application site (i.e., subcutis and glandular stomach) THE IMPLICATIONS OF THE FINDINGS ARE SELF-EVIDENT.
e) 4TH (4-tolyl hydrazine). Encore un dérivé cancérigène, pratiquement dans les mêmes conditions que le HMBD. Par injection à des souris (0,14 mg/kg) ou par instillations gastriques (250 mg/kg) on obtient des tumeurs pulmonaires (36%) ou vasculaires (18%) : adénocarcinomes, angiosarcomes.
Les champignons les plus dangereux appartiennent Ă la section Rubescentes de MĂ´ller, in KĂĽhner et Romagnesi, 1953, et plus spĂ©cialement aux groupes Edulis et Campestris, avec toutes les espèces variĂ©tĂ©s et formes créées par Lange (1926,1938,1939) et les agaricologues qui lui ont succĂ©dĂ©. D'autres Psalliotes, comme silvĂcola, silvatica ou benesii, seraient pauvres en Agaritine, donc partiellement non toxiques selon Levenberg (1964). Mais ce n'est pas l'avis de Chilton et Hsu (C7) ni de Bresinsky et Besl. (B24)
Notons pour terminer que la quantité de dérivés hydraziniques et surtout de HMBD, augmente considérablement chez les individus âgés, particulièrement chez Agaricus pratensis, campestris, arvensis, bitorquis. Ce qui impose une méfiance et une vigilance accrues des déterminateurs pour les espèces ayant terminé leur croissance.
1 Un végétal supérieur contient des quantités appréciables d'hydrazines, c'est le tabac, particulièrement au niveau de la feuille (qui est fumée I). C'est d'ailleurs à l'occasion de recherches sur le tabac qu'on a découvert le pouvoir cancérigène transplacentaire des nitrosamines, induisant des tumeurs de Wilms (adénocarcinomes du rein).
2 Pour répondre à un argument de Guy Fourré (Corr. pers.), ces substances sont indubitablement cancérigènes chez l'homme.