Le mois de novembre est un mois terrible pour le mycologue. C’est le mois de la nostalgie, de la déception et du désespoir. Il y a un peu de l’atmosphère d’un Blitz dans la forêt qui grelotte, sous les arbres qui gémissent à la perte de leurs feuilles et sous les résineux où il y fait de plus en plus noir et lugubre. Le sol est jonché de cadavres dérisoires d’une foule de champignons, gelés, atrophiés, pourrissants, déliquescents, souvenir poignant des mois heureux.
Aussi, quand l’œil du mycologue accroche un tableau roboratif, il se mouille ; les paupières battent comme si elle voulait retenir une larme. Certes, ce n’est pas la découverte de l’année, ni même une trouvaille intéressant. C’est seulement un beau et grand rond de géotropes, au surnom prosélyte de têtes de moine. Quel joli surnom et qu’il est bien choisi. Car c’est la promesse de l’espoir, du retour immuable du printemps et ces joyeux champignons qui égaient la nature. C’est un bon comestible mais le mycologue n’en a cure, c’est un résistant, une sentinelle, plantée là, pour affirmer que tout n’est pas perdu. C’est, en un mot, une espèce d’arrière saison.