Beaucoup d’entre vous nous on signalé leurs observations de Belle Dame, Claude Alliot nous a transmis ci-dessous un petite note sur cette invasion extraordinaire. Nous avons également reçu à VivArmor plusieurs témoignages. Signalons, par exemple, l’observation de nombreux individus lors d’une mission réalisée en mer à près de 200 km des côtes bretonnes, par Jacques Grall de l’Institut Universitaire Européen de la Mer (Plouzané).
Une invasion de "Belles-Dames"
Le 24 mai dernier, en excursion du coté de Josselin, au nord du Morbihan, mon attention fut attirée par un phénomène connu mais toujours impressionnant.
Pendant plusieurs heures, défilaient devant moi, à la cadence de 30 à 40 par minute, ces grands migrateurs que sont les papillons "Belle-Dame" (Vanessa cardui). Ils volaient à quelques mètres du sol, d'un vol soutenu, 30 à 50 km/h peut être, tous dans la même direction sans s'arrêter. Le spectacle était fascinant, je ne pouvais m'en détacher.
Le lendemain matin, de retour chez moi à Paimpol, j'entreprends le tour de mon jardin. Une nuée de papillons m'y accueille. Les Belles-Dames sont là. J'en compte plus d'une trentaine sur quelques mètres carrés, en train de butiner les fleurs de sauge officinale qui leur offrent leur nectar. Mon passage les trouble à peine, elles s'envolent pour se reposer aussitôt sur leur source de nourriture. Elles ont bien besoin de se refaire une santé après le long voyage qu'elles viennent d'effectuer.
Une migration de cette importance est rare. J'ai le souvenir de celles de 1996 et 2003. Mais 2009 est, pour le moment, incontestablement la plus importante qui m'ait été donné d'observer. Les Belles-Dames viennent du bassin méditerranéen, principalement du Maghreb, où elles passent l'hiver en chrysalide. Elles y éclosent de mars à avril, en très grand nombre si la saison est favorable. La nourriture se raréfiant, elles entreprennent une migration vers le Nord. Portées par des vents favorables, elles traversent la Méditerranée, remontent le territoire français, peuvent franchir la Manche, on en retrouve même parfois jusqu'en Islande. Au cours de leur migration, bon nombre d'entre elles s'arrêtent en chemin, et colonisent, pour la saison, les régions de leur choix. La Bretagne avec ses bocages et ses nombreuses fleurs est particulièrement convoitée.
Les femelles, avant de mourir, pondent leurs œufs principalement sur les chardons, mais peuvent choisir aussi les feuilles des artichauts. Une deuxième génération de Belles-Dames va naître et nous charmer de sa présence tout l'été, à condition que l'on ne soit pas trop sévère à l'encontre des chardons. Un certain nombre d'entre elles, quand l'automne commencera à se faire sentir, entamera le retour vers le pays de leurs ancêtres.
La nature nous offre ainsi de temps en temps de grands "petits bonheurs". Sachons en profiter, ils seront d'autant plus nombreux que nous saurons préserver notre environnement et la biodiversité, dont nous sommes, nous aussi, tributaires.>
Claude Alliot