Navré d'avoir tenté de te détourner de ta famille et de tes amis
Je t'en prie, c'est avec plaisir dans la mesure où ce n'est pas tout en même temps.
Appliquerons nous la nouvelle nomenclature ? Garderons nous l'ancienne (par facilité et convention) ?
Je suis curieux de voir la forme que prendra la prochaine "flore" fongique générale de référence (après celles de Marcel Bon et Régis Courtecuisse). Qui aura le courage de leur succéder (si ce n'est peut-être Régis lui-même) et d'oser le changement avec le risque de passer pour un anarchiste fou ou de conserver les choses plus ou moins en l'état passant alors pour un conformiste timoré ? Cela nous promets de belles joutes en perspective entre les supporters des deux camps.
En réalité, la question ne se pose pas en ces termes. La nouvelle nomenclature que nous devrons employer n'est pas issue, pour la première fois dans l'histoire de la mycologie, de spéculations personnelles subjectives, mais d'analyses phylogénétiques parfaitement objectives et reproductibles qui mettent en évidence de nouvelles affinités ou confirment des relations suspectées de longue date. Par conséquent, les "conformistes timorés" n'auront rapidement plus aucun argument pour rester cantonner dans la nomenclature "ancienne", sinon ceux que l'on peut tirer d'opinions à visée "pragmatique" qui n'ont rien à voir ni avec la science, ni avec son fonctionnement. Il est clair que nous sommes aujourd'hui, et ce depuis une dizaine d'années en mycologie, dans un "nouveau paradigme" au sens que T. Kuhn donnait à ce terme, et que ces bouleversements sont difficilement acceptables pour beaucoup, y compris pour certains professionnels, qui ont l'impression de perdre pied quand on leur demande d'accepter des résultats issus de techniques et de nouveaux cadres conceptuels qu'ils maîtrisent mal, voire pas du tout.
Le "chaos" dont tu parles n'en est donc pas un, bien au contraire : ces nouveaux noms mettent, enfin !, en évidence l'évolution de ces groupes complexes sur lesquels des générations de mycologues se sont cassés les dents.
Pour finir sur un raccourci certes grossier mais que je crois parlant, de la même façon qu'il est grotesque aujourd'hui de soutenir la génération spontanée ou le géocentrisme, il sera grotesque dans quelques années (c'est déjà un peu le cas, d'ailleurs, pour certains groupes) d'employer une nomenclature totalement délivrée de toute relation à la réalité des affinités phylogénétiques des groupes.
Bref ne jamais oublier, quelque soit l'endroit d'où l'on parle et cela nous emmène plus loin que la mycologie, que la différence entre opinion et savoir est fondamentale, afin d'apprendre à ceux d’entre eux qui peuvent encore apprendre quelque chose que les lois de la dialectique scientifique ne permettent pas simplement de discuter entre « gens de bonne compagnie », comme disait Sainte-Beuve, mais aussi de construire la seule société dans laquelle non seulement chacun peut penser librement, mais aussi celle dans laquelle chacun peut penser tout court.
Amitiés, Guillaume.