Si, j'ai écrit un article, il y a quelques années. Je le relisais ce matin, suite aux discussions d'hier. C'était peut-être en 2014 ou 2015, après mon inscription sur champis.net. Mes frères m'avaient demandé de leur parler des champignons.
Relisant cet article, j'y trouve ma compréhension du classement des bolets complètement dépassée. Ce n'est pas grave, ce n'est pas pour la science, et d'ailleurs, je n'ai toujours rien compris.
Je vous l'envoie : 😉
Jubilation.
Novembre.
Ce matin, à nos portes, le soleil s'est levé, les forêts sont en feu. L'automne, ce pyromane, met le feu partout où il passe.
Le Très-Haut a donné, le Très-Haut a repris. La forêt est en éruption, des débris enflammés volent dans les airs. Le vent emporte la parure du hêtre et du chêne. Cette voie de fait restera impunie.
Les géants s'en vont au pays des rêves. Ils s'endorment dans la lumière.
Cette beauté est une fin, comme la mort en est une autre, le bouquet silencieux du monde ligneux.
Un spectacle grandiose nous est offert.
La forêt est une cité bien remplie. Ne croyez pas y être seul. Celui qui est n'a pas pour habitude d'être mesquin. Il créé et c'est la panique.
Croyez-vous que les mycologues passent des nuits paisibles ? Leur métier est de recenser une foule, une foule de sans-papiers.
Interrogeons ce promeneur qui agrémente ses repas. Pas le mycologue, le promeneur. Il a quatre as dans son panier.
- Bonjour monsieur, quoi donc dans ce panier ?
- Du cèpe de Bordeaux, tiens !
(Clin d'oeil) Je vous le disais à l'instant ! Avoir quatre as dans son jeu, et ne croire en avoir qu'un.
Laissons le promeneur à sa joie et à ses casseroles.
Mais nous, regardons bien, analysons le panier, d'un air détaché :
Le bordelais est en surface, c'est indéniable.
Remarquez son cèpe d'été, il est véreux. Personne n'en trouve de beaux cette année.
Au fond à droite, cette robe acajou, le cèpe des pins, beaucoup plus rare.
Le foncé plus bas, un des meilleurs, le cèpe bronzé . Une limace en a fait son affaire, mais il reste de beaux morceaux.
- Il a de bons coins cet homme !
Ne nous dispersons pas.
Le mot 'cèpe' est une dénomination vernaculaire, désignant les bolets à chair blanche, ferme, douce et immuable, tous étant d'excellents comestibles. On en compte quatre principaux, trouvés par notre heureux promeneur.
Le dicton est connu : les cèpes sont des bolets, mais tous les bolets ne sont pas des cèpes.
Maintenant, dites : 'bolets', au mycologue. Il ne comprend pas. Parlez lui de Xerocomus, de Boletus, de Suillus, de Leccinum, il se réveille progressivement.
Je n'ai fait que vous citer les quatre principaux genres formant le complexe des bolets. Mais il reste maintenant à décliner les espèces dans chaque genre.
Concentrez-vous ! Le genre, c'est le paquet de bonbons. L'espèce, c'est un des bonbons du paquet. Sapristi, j'oubliais les variétés ! Inutile, simplifions, cela gâte l'exemple.
Vous êtes perdus ? Moi aussi. Ce n'est qu'un début. Mon propos était de vous faire comprendre que dans la forêt, vous êtes dans une foule.
Celle des champignons est souterraine. C'est un peuple de l'ombre qui ne laisse voir que ses fruits.
Passons à la suite, le Bon Dieu aime les chiffres. Mycologue, compte les étoiles !
Les amanites ont mauvaise réputation. Il est vrai qu'elles comptent en leur sein quelques êtres peu recommandables. Admirez-les, mais sans vous laisser faucher par elles.
Les russules ont ceci de commun avec les papillons ; coquettes, elles aiment les couleurs.
Les cortinaires forment un pavé gigantesque qui pourrait bien vous assommer. Certains y ont gâché leur vie de couple pour un médiocre résultat. On les avait prévenus.
En mycologie, la difficulté est une constante, elle se situe au rez-de-chaussée.
Ainsi, nous avons deux constantes : la difficulté et le nombre. Autrement dit, un certain nombre de difficultés.
En disant cela, nous enfonçons une porte ouverte. Celle des cortinaires reste bien fermée.
Il se peut aussi que la porte soit blindée. Les inocybes sont préconisés pour la folie, et ils ne sont pas seuls. L'infraction nécessite alors du matériel. Le microscope était recommandé pour la détermination, il devient indispensable.
Du rez-de-chaussée, nous passons au premier étage.
On peut contempler la forêt comme l'on contemplerait la mer.
Les passants des siècles s'y sont adonnés. Certains ont eu des extases.
Ils ont écouté le vent faire chanter les colosses. Ils ont vu mille ciels traverser ces décors.
Si d'aventure, un jour, il vous arrivait de vous égarer dans les bois, souvenez-vous, évitez la méprise. Pas d'affolement, ne croyez pas être en désert ; une ville est là qui vous entoure. Prenez votre partition et joignez-vous au tutti.
Ainsi, pèlerin en ces splendeurs, témoin de tant de merveilles, avancez dans cette fanfare silencieuse. Les anges sauront bien vous mener jusqu'à un chemin.[/i]